de Marguerite Duras
Mise en scène de Patrice Kerbrat
Avec Suzanne Flon, Jean-Paul Roussillon et Hubert Godon
   
   

A mon avis...

Une chaise est posée au centre de la scène. Un homme y est assis, un autre surgit du fond du théâtre et commence à le questionner sur lui-même, sur sa femme meurtrière. L'homme se prête assez volontiers à cette investigation en répondant par de courtes phrases.
45 minutes après, le rideau se ferme puis s'ouvre sur la même chaise, à la même place sur laquelle est assise une femme. Même interrogatoire sur elle-même, son mari, sa victime.

Du théâtre à nu qui soutient de bout en bout notre attention et qui fait qu'on se passionne pour cette histoire sordide, pour cette folie meurtrière. Le théâtre installe admirablement l'univers " fait divers " cher à Marguerite DURAS. Les comédiens le servent avec un extraordinaire talent.

Christian Dumont

     
     
     

Marguerite a toujours éprouvé une véritable fascination pour l'univers de la criminalité. Elle aime les voyous, les hors la loi, et le dit haut et fort…
Soit un couple extraordinaire de banalité, les Lannes. La femme, Claire, a tué sans mobile apparent une cousine sourde et muette qui vivait sous leur toit. Un crime que Pierre, le mari, avoue avoir accompli en rêve. Un acte incompréhensible, une coupable, un innocent.
Marguerite Duras s'interroge, elle interroge l'énigme, fouille les âmes, les consciences, les faits, elle n'est plus que questions, devient l'interrogateur.
Folle la meurtrière?
Sans doute. Mais peut être, simplement attentive à ses rêves, illuminée par son discours d'amour fou et jamais consommé. Ou alors, autrefois, il y a si longtemps, à Cahors…
Un coupable, une innocente ?

Patrice Kerbrat

     
     
     

Le Crime

Le crime évoqué dans l'Amante Anglaise s'est produit dans la région de l'Essonne, à Savigny sur Orge, dans le quartier dit de " La Montagne Pavée " près du viaduc du même nom, rue de la Paix, en Décembre 1949.
Les gens s'appelaient les Rabilloux. Lui était militaire de carrière à la retraite. Elle, elle avait toujours était sans emploi fixe. Le crime avait été commis par la femme Rabilloux sur la personne de son mari: un soir alors qu'il lisait le journal, elle lui avit fracassé le crâne avec le marteau dit "de maçon" pour équarrir les bûches.
Le crime fait, pendant plusieurs nuits, Amélie Rabilloux avait dépecé le cadavre. Ensuite, la nuit elle en avait jeté les morceaux dans les trains de marchandise qui passaient par ce viaduc de la Montagne Pavée, à raison d'un morceau par train chaque nuit.
Très vite, la police avait découvert que ces trains qui sillonnaient la France avaient tous ceci en commun : ils passaient tous justement sous ce viaduc de Savigny sur Orge.
Amélie Rabilloux a avoué dès qu'elle a été arrêtée.
Je les ai appelés les Lannes. Elle, Claire, Claire Lannes. Lui, Pierre, Pierre Lannes.
J'ai changé aussi la victime du crime: elle est devenue Marie Thérèse Bousquet, la cousine germaine de Pierre Lannes, celle qui tient la maison des Lannes à Viorne.
Je crois que la peine d'Amélie Rabilloux a été considérablement écourtée. Au bout de cinq ans, en effet, on l'a revue à Savigny sur Orge. Elle est revenue dans sa maison, rue de la Paix. Quelquefois on l'a encore revue. Elle attendait l'autobus en bas de sa rue.
Toujours elle était seule.
Un jour on ne l'a plus vue.
A Savigny sur Orge personne ne se souvient plus. Le dossier du crime d'Amélie Rabilloux rejoint définitivement les Archives Judiciaires Nationales en Indre-et-Loire.

Marguerite Duras

   
     
Théâtre de L'Oeuvre
55, rue de Clichy
75009 Paris
Tél : 01 44 53 88 88
     
   
     


 

 

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