Annabel Lee
(Traduction Charles Baudelaire)
Il y a mainte et mainte année, dans
un royaume près de la mer, vivait une jeune fille, que vous pouvez
connaître par son nom d'ANNABEL LEE,
et cette jeune fille ne vivait avec aucune autre pensée que d'aimer
et d'être aimée de moi.J'étais
un enfant, et elle était un enfant, dans ce royaume près
de la mer; mais nous nous aimions d'un amour qui était plus que
de l'amour - moi et mon ANNABEL LEE; d'un
amour que les séraphins ailés des Cieux convoitaient à
elle et à moi.Et ce
fut la raison qu'il y a longtemps un vent souffla d'un nuage, glaçant
ma belle ANNABEL LEE; de sorte que ses
proches de haute lignée vinrent et me l'enlevèrent, pour
l'enfermer dans un sépulcre, en ce royaume près de la
mer.
Les anges, pas à moitié si
heureux aux cieux, vinrent, nous enviant, elle et moi. Oui! ce fut la
raison (comme tous les hommes le savent dans ce royaume près
de la mer) pourquoi le vent sortit du nuage la nuit, glaçant
et tuant mon ANNABEL LEE.
Car la lune jamais ne rayonne sans m'apporter
des songes de la belle ANNABEL LEE; et
les étoiles jamais ne se lèvent que je ne sente les yeux
brillants de la belle ANNABEL LEE; et ainsi,
toute l'heure de nuit, je repose à côté de ma chérie
- de ma chérie -, ma vie et mon épouse, dans ce sépulcre
près de la mer, dans sa tombe près de la bruyante mer.Mais,
pour notre amour, il était plus fort de tout un monde que l'amour
de ceux plus âgés que nous; de plusieurs de tout un monde
plus sages que nous, et ni les anges là-haut dans les cieux,
ni les démons sous la mer, ne peuvent jamais disjoindre mon âme
de l'âme de la très belle ANNABEL
LEE.
