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Texte de Marie Ndiaye
Mise en scène de Frédéric
Belier-Garcia
avec
Zabou Breitman
Eric Savin
Céline Cuignet
Marie NDiaye dresse le
portrait impitoyable d'une femme fascinée par sa domestique au point de
chercher à la déposséder d'elle-même, de sa vie, de sa famille. Jusqu'à
l'anéantir. Histoire d'une adoration dévorante, où jamais personne ne
pourra se vanter d'être le maître ou l'esclave
J'ignorais, en commencent à réfléchir au sujet d'Hilda,
que ce serait u ne pièce de théâtre. Je pensais à un roman bref, ou à
une nouvelle, enfin à une forme familière pour moi, quej'avais déjà pratiquée
et dans laquelle pourrait s'exprimer l'étonnante séduction que possédait
ce prénom à mes yeux, et même l'envoûtement queje n'étais pas loin de
subir lorsqueje prononcais en esprit ces deux syllabes : Hilda. Il me
fallait trouver la voix, la figure, capables de représenter pour moi cet
enchantement incompréhensible, et capable aussi de m'en décharger- comme
le bouc accablé des obsessions et des infortunes de ses maîtres, envoyé
en émissaire à travers le désert afin de les en délivrer. Mme Lemarchand
fut cette bête-là, mon bouc portant Hilda, avec mission de transmettre
quelque chose de cette fascination à peine dicible et de donner à ces
cinq lettres un corps, un visage, une personnalité qui tentent de légitimer
le charme dans lequel elles m'avaient plongée.
Marie Ndiaye
décembre 2001
Le parcours littéraire de Marie
Ndiaye
Tout sur Zabou Breitman
La lecture de Marie NDiaye produit un
effet inouï d'inquiétude et de fulgurance. On la lit avidement, comme
si on voulait se défaire d'un charme ou l'exorciser en l'achevant.
A quoi a-t-on affaire? Un fait divers? Comme toujours dans une « petite
ville », d'anonymes contemporains marchent, comme nous tous, au-dessus
de cette nappe phréatique de violence et d'horreur qui jaillit soudain
pour les engloutir. De loin en loin, on retrouve bien sûr l'écho de
ces drames de l'esclavage moderne, d'une domesticité broyée entre servitude
économique et sévices affectifs. Uhistoire a cette odeur du tragique
enlisé, pris dans une gangue de banalité inextricable, si propre au
fait divers. Ou serait-ce un conte cruel ? Une histoire d'envoûtement,
de vampirisme et de fantômes, qui aurait pu s'intituler aussi "La
jeune fille tuée par la douceur".
Il y a sans doute autant de facons de classer cette histoire qu'il y
a de raisons et de manières de dévorer quelqu'un. Adorer et dévorer
Pourquoi? Pour faire l'autre sien ou devenir l'autre ?
Car si elle embrasse, ilestvrai,le brouhaha du monde social, Marie NDiaye
vient creuser le plus familier pour en faire émaner la dimension spectrale,
lunaire. Le réel n'y est pas sublimé mais comme irradié jusqu'à ce que
perce la folie sombre qui se love au creux de nos actions et de notre
bonne conscience, comme la trame obscure d'un tissu soyeux.
Ce faisant, elle touche une couche géologique de nous-mêmes, sourde,
intime, opaque, vers laquelle peu d'écrivains vont. Un fond passif primordial
où l'amour maternel peut se métamorphoser en haine, la bienveillance
en désir de meurtre, où tous les sentiments se contaminent. Jusqu'à
nous faire entendre ou éprouver ce qu'il y a de simplement étonnant
dans le seul fait de survivre au monde.
Frédéric Belier-Garcia
La pièce conte en accéléré
l'histoire cruelle d'un processus de domination, de prise de possession
d'un être par un autre.
Violent, oppressant le texte laisse le spectateur abasourdi, impuissant,
en état de non assistance à personne en danger même
si le rire fuse parfois en contre pour permettre une nécessaire
distance.
Zabou Breitman campe à merveille
cette Madame Lemarchand torturée et tortionnaire à l'insupportable
débit verbal auquel l'excellent Eric Savin
ne peut opposer qu'une vaine résistance.
Christian Dumont
THEATRE
DE L'ATELIER
1 place Charles Dullin Paris 18ème
01.46.06.49.24