theatresenscene

Note de mise en scène


Lorsque j’ai découvert le texte de Sophie Arthur, j’ai tout de suite eu envie de le
défendre.
Le rapport de la religion à la féminité est un thème qui m’est cher et dont je trouve qu’il
est essentiel de parler, surtout aujourd’hui. Ce qui m’a plu dans le texte c’est surtout le
traitement de la thématique : la religion peut faire des dégâts dans tous les milieux. Ici
l’histoire se déroule dans une famille très bourgeoise et aisée. Personne ne manque de
rien mais l’extrémisme est bien là.
L’extrémisme religieux est trop souvent représenté sous les traits d’un islamisme
sauvage s’exprimant entre les murs d’une cité. La torture des femmes par la religion est
souvent liée à la misère dans notre inconscient collectif. Ici nous la découvrons
insidieuse, silencieuse, serpentant entre les dorures d’un salon bourgeois. De plus
l’obscurantisme décrit par Sophie Arthur s’inscrit dans une société moderne, chose qu’il
me parait important à souligner. L’intégrisme catholique n’est pas une chose lointaine et
incertaine, c’est un fait dont les dégâts sont encore palpables.
La mise en scène est assez sobre. J’ai eu envie de travailler sur le souvenir, la
réminiscence. Marie vient d’être grand-mère, son petit fils dort, elle décide d’aller dans
son grenier pour en finir avec ses derniers fantômes. Photo, vêtements d’enfants,
guirlandes de noël, boîte à musique font revivre à Marie, des souvenirs d’enfance. La
lumière est la musique sont également des vecteurs de nostalgie et d’émotion. Une
lumière et quelques notes de Chopin nous permettent de faire revivre le personnage
monstrueux de la grand- mère.
La force de ce texte est de ne jamais tomber dans la pathétique, dans le
sentimentalisme facile, ou la dénonciation gratuite. Marie dit ses souffrances avec
simplicité, sans jugement, sans colère. L’humour, la fantaisie sont très présents dans le
texte. Marie souligne avec drôlerie quelques absurdités de la religion. Et ce qui me
semble très judicieux, pour parler du malheur, il faut aussi raconter le bonheur. Marie
nous plonge donc dans ses premiers émois, sa première approche du plaisir. Il n’y a ici
aucun apitoiement, que des faits énoncés clairement et parfois avec beaucoup
d’humour.
Enfin le plaisir de travailler avec Sophie Arthur m’a aussi beaucoup guidé dans mes
options de mise en scène. Sophie Arthur incarne pour moi la vie, la liberté et la
jouissance. Elle porte ce texte comme si elle mordait dans une pomme et il me semble
évident qu’aucune autre actrice ne l’aurait fait de façon si juste et si fraîche. Sophie
habite la scène avec une fougue qui contraste avec l’obscurantisme qu’elle décrit. Sa
présence donne envie à toutes les femmes d’avancer et de se battre.


Justine Heynemann

Note d’écriture

Une histoire commune et deux regards. L’envie d’écrire à deux. Et le besoin de se trouver, de se retrouver.
Plaisir d’écrire pour raconter, dénoncer le viol des consciences.
Puis chercher, et enfin trouver comment en rire.
Ou du moins d’en sourire.
Sous toutes latitudes et en tous temps, les religions ont voulu faire
taire les femmes. Eteindre leur créativité, leur sexualité, leurs
modes d’expression.
Ce sera un seul en scène, un spectacle qui dénonce le sort que les
religions réserve aux femmes.
En mêlant humour et séquences poignantes, nous avons choisi de
disséquer les dégâts d’une éducation catholique extrémiste dans la
bourgeoisie des années 60.

Marie Giral et Sophie Artur

 

Note de la comédienne


Le seul en scène me tourne autour depuis un long moment. Et puis
l'envie de Marie, ma cousine, d'écrire avec moi a été déterminante.
Depuis le temps que je l'attends...
Notre histoire familiale, vécue de façon si différente par l'une et
l'autre me semblait amusante à raconter. J'ai pensé qu'une modeste
pierre de plus serait toujours bienvenue, pour dénoncer le fanatisme
et l'intégrisme qui sévit dans toutes les religions, et qui me révulse.
Par ailleurs le désir de Justine Heynemann, de retravailler avec moi
après Les Cuisinières de Goldoni m'a flattée et m'a donné la force
de franchir le pas, car avec elle, je suis en bonnes mains.
Elle est inventive, talentueuse, une main de fer dans un gant de
velours, et elle a su trouver les mots pour me convaincre. Je ne
l'aurais fait qu'avec elle !

Sophie Artur

 

à mon avis

Je vous salue Mamie relate l'histoire d'une tyrannie. Pas de celles que l'on voit et découvre aux infos, qui sévissent dans de lointains pays, à des kilomètres de nos préoccupations et, qu'en bon démocrate nous nous empressons de condamner .
Au contraire, dans la pièce de Sophie Artur et Marie Giral, on est à deux pas de chez nous, puisqu'il s'agit ici d'une tyrannie domestique tout aussi impitoyable que les autres sauf qu'elle s'exerce en silence dans le monde clos d'une maison familiale.
La mise en scène dépouillée et le jeu subtil et naturel de Sophie Artur participent à la belle émotion qui se dégage du spectacle.

Christian Dumont

 

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