Des portes qui claquent et ouvrent sur le
vide

« Ah ! quil est
doux de rentrer chez soi, de voir ses meubles et de sy asseoir
». Cette aspiration de Monsieur Perrichon, dans la pièce
de Labiche traduit à peu près
laspiration tranquillement bourgeoise de tous les personnages
du maître du vaudeville.
Las ! rien ne va : les rencontres
inattendues et les coïncidences, les faux hasards et les fausses
sorties transforment le rêve en un cauchemar où les personnages
sont lancés dans une course tellement folle quils sy
précipitent jusquà légarement dans une
logique absurde qui devient surréaliste.
Dans Mon Isménie !, Vancouver
est prêt à tout pour ne pas perdre sa fille. Dans un désir
incestueux à peine voilé il multiplie les scénarios
pour faire fuir les prétendants. Jusquà larrivée
du beau Dardenbuf
Rosafol, divorcé en Suisse
sest remarié avec une femme assez sourcilleuse sur le chapitre
de la vertu. Gare aux jolies soubrettes surtout quand la dernière
arrivée nest autre que son ex-femme ! (Le Dossier de Rosafol)
Enfin, le pauvre Trébuchard,
sémillant jeune veuf, encombré de la fille de sa première
femme qui a le double de son âge cherche à tout prix à
sen débarrasser pour épouser la belle Claire. (Les
Suites dun premier lit)
Trois pièces en un acte
donc où les situations les plus cocasses sont jouées dans
un décor unique avec les mêmes comédiens, pour mettre
à jour lextraordinaire machine théâtrale rythmée
par les entrées et les sorties, le bruit des portes qui claquent
et souvrent finalement sur un vide vertigineux jusquà
la panique.
Jointe à une observation
juste de la société sous le Second Empire, cette extraordinaire
mécanique de précision lancée à cent à
lheure jusquà épuisement des personnages confine
à la folie la plus hilarante.
Mais pour quelle fonctionne,
les comédiens oubliant le ton
« conversations de salon », doivent plonger dans chaque phrase
comme sils jouaient leur va-tout, être tout entier corps et
esprit dans linstant de la parole qui se formule et soudain bifurque,
qui dit et se contredit avec la même évidence, la même
naïveté.
Alors, peut-être est-il
possible de fondre dans le jeu le réalisme grinçant et la
folie comique, de manière à voir les personnages comme des
marionnettes qui nauraient perdu en rien leur relief dêtres
vivants, mais devenus grâce au mouvement endiablé de véritables
figures sans temporalité.
Anne-Marie Lazarini
metteur en scène
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