Trois perceptions, trois visions parallèles d'une même histoire qui étant parllèles ne se rejoignent jamais, et ne coïncident que rarement sur les faits. Trois êtres blessés par la vie.

La pièce de Friel est l'histoire
de deux solitudes qui entraînent
un autre être
dans une solitude
pire que la leur.

Franck, autodidacte au chomâge, chevalier des causes humanitaires surtout
si elles sont perdues, et Rice ophtalmologue autrefois de renommée internationale et aujourd'hui déchu antraînent Molly, aveugle depuis 40 ans
à subir une opération qui lui rend partiellement la vue.

Par une bonne volonté redoutable, une mauvaise foi inconciente, ou un désir de revanche sur la vie, ils ont exilé Molly du monde où elle vivait, parfaitement adaptée et ne se se sentant privée de rien.
Cet autre monde, celui de la vision
ne lui sera pas très accueillant,
ne possédant pas les codes pour le déchiffrer.

Après la joie et l'excitation d'avoir recouvré la vue,
ce sera le chaos d'une "vision aveugle" et un autre exil
dans un monde où on a renoncé à vivre.

Laurent Terzieff


La structure de Molly rappelle celle du Guérisseur, cette autre pièce majeure de Friel: trois personnages et pas de dialogues, mais une suite de trente sept monologues "montés" comme les plans d'un film que chaque spectateur percevra à sa manière, ou comme les mouvements d'une vaste partition dont on entend longtemps les résonances.

Ce sont trois blocs de solitude qui nous parlent, et pourtant, même quand le désespoir affleure, ce qu'ils disent reste imprégné d'une sorte de chaleur, voire d'une exubérance presque jubilatoire: chacun a mille histoires à raconter, et une histoire en cache une autre, qui à son tour en amène une troisième...

Et ces pièces dans la pièce, ces récits gigognes, apportent des moments franchement comiques à ce drame, qui est celui de l'égoïsme s'avançant masqué sous les dehors de la générosité.

L'incertitude presque sereine à laquelle Molly aboutit, quand elle nous parle de ce "no man's land" entre le réel et l'imaginaire où elle se sent désormais "à l'aise", n'est peut être, en définitive, que sa manière à elle de recouvrer une certaine forme de vision, sans aide extérieure, sans les bonnes volontés qui l'ont anéantie. Et ce qu'elle voit alors, cest le monde de l'enfance.

Alain Delahaye

 

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