|
Dans ce face à face, nous assistons au choc de
deux mondes : un monde chargé de ressentiments dont le futur a
peu d'avenir et un monde qui a beaucoup d'avenir mais que le futur effraye.
Autrement dit un futur qui a peu d'avenir et un avenir dont le futur fait
peur.
A l'origine Murray Schisgal avait
mis ces deux couples en apposition plutôt qu'en opposition. Il s'agissait
de deux courtes pièces devant être jouées l'une après
l'autre, j'ai préféré les faire s'interferer, en
réunissant les deux pièces en une seule, à partir
d'un découpage séquenciel des deux textes.
Donc, quatre êtres parallèles et peut-être complémentaires
et peut-être aussi, les quatres points cardinaux d'un seul et même
être ? Le mutisme dans lequel S'est réfugié Angélica
ce jour là n'est-il pas le non-dit du regard sur l'existence que
chacun emporte avec lui dans sa mort? On ne sait jamais ce qu'il y a vraiment
dans la tête d'un auteur, et il ne sert à rien de le lui
faire avouer: il se dérobera toujours et il aura raison.
Murray Schisgal dont c'est
la 7ème pièce que nous montons réalise une fois de
plus la symbiose entre l'humour juif et un penchant très anglo-saxon
pour l'absurde et le non-sens.
Ici le propos est peut-être plus grave qu'ailleurs,
mais le ton est tout aussi désinvolte et dépouillé
d'esprit de sérieux. Avec pudeur, il évoque les choses simples
et importantes de la vie et nous en révèle parfois le secret.
Les corps nus des jeunes modèles dans l'insolente
fraîcheur de leur jeunesse, rend plus amer encore la victoire que
les peintres ont remporté sur euxmêmes en ayant tout sacrifié
à leur art. Les sentiments violents, que les deux peintres éprouvent
pour leurs modèles, les renvoient avec ce qu'ils n'ont pas voulu
être, ce qu'ils n'ont pas pu être, à ce qu'ils ne peuvent
plus être, de toute façon.
|