Schisgal
ne sombre pas dans ce que le conflit de génération a de
convenu. Ici le désarroi des aînés désespère
ceux pour qui ils représentent aussi "un modèle"
sinon un idéal. "tout ce que nous espérons, c'est de
n être pas trop désespéré" déclare
1' un deux.
Schisgal pose les bonnes
questions, celles qui évidemment n'ont pas de réponses
: comment s'adapter au changement et ne pas ressentir la mutation comme
la négation de ce que nous sommes, ou avons été?
Comment ne pas considérer chaque nouvel événement
comme le rappel d'un cas précédent? Comment s'abstenir
de ressasser une solidarité inconditionnelle avec sa jeunesse?
Comment ne pas considérer son passé sans se sentir dépassé?
Comment ne pas reprocher à la nouvelle génération
d'avoir renoncé à son émancipation, à sa
modernité? etc...
Le piège, c'est de garder la conviction que, bien qu'on ait changé,
on est immuable et de justifier cette assurance en évoquant ses
souvenirs.
Pour un artiste, toute réflexion sur le temps débouche
sur une certaine panique métaphysique. Le présent étant
du passé en train de se faire, le passé, un ancien futur
qui n'a pas tenu ses promesses, le rêve éveillé
ne sera jamais le rêve réalisé, et les rêves
de la nuit ne rejoindront jamais ceux du jour.
Il ne reste plus aux artistes qu'à se rallier douloureusement
a cette pensée d'Héraclite : "Le temps c'est comme
l'eau du fleuve, c'est toujours la même eau et ce n'est jamais
la même eau." A laquelle répond Brecht qui dit : "Jamais,
ce qui s'écoule, pas une seule goutte, ne remonte à sa
source, et de conclure avec Sartre: "chaque époque a eu
son goût, qu'elle a goûté seule".